Interventions de Daniel Olivier
- Psychanalyste Les 18 octobre et 22
novembre 2003
En
tant qu'Analyste j'ai a écouter :
> des enfant dans le cadre des consultations.
> des parents dans le cadre de groupe de paroles de parents
> des enseignants dans le cadre de groupe d'analyse de pratique
Mon
propos aujourd'hui en quelque sorte consiste à croiser
ces expériences, en tentant de restituer
la parole de chacun, de sorte qu'il puisse
se tisser des pistes de réflexion
qui n'excluent pas tout ou une partie des
personnes concernées.
Aussi,
nous aborderons tour à tour:
Les
castrations symboliques comme conditions
d'accès à l'apprentissage Que
peut-on comprendre de l'échec
de l'apprentissage - Apprendre
et savoir Identification
des places de chacun Une
vignette clinique : Paul
L'enfant
- sa famille et l'école
L'enfant
:
Dans
le cadre de la construction du sujet :
Le temps de l'école, notamment des
apprentissages fondamentaux, se déploie
entre 5/6 ans et 10/11 ans ; autrement
dit pendant la période de latence
(sommeil = enfance)
Qu'est
ce qui permet que cette période
se mettre en place ?
-
Par quelles étapes est-elle anticipée
?
- Quelle est sa fonction quant à la régulation de l'adolescence
?
La
disponibilité psychique comme organisatrice
d'une perméabilité aux apprentissages.
Pour
le «sujet» qui nous intéresse,
je vous parlerai de ces enfants et/ou adolescents
qui viennent consulter sur le conseil voire
l'injonction du milieu scolaire, c'est
parfois même une des conditions de
maintien d'un enfant dans telle ou telle
structure scolaire..
Cependant
entre l'identification de la difficulté scolaire,
les différents «baptêmes» de
la difficulté scolaire (dyslexie,
dysphasie, dyspraxie, dyscalculie, dysorthographie,
dysgraphie), qu'est ce que c'est que cette
famille qui n'est pas fichue de compter
jusqu'à dix et la consultation chez
le «psy» ; beaucoup de gens
sont intervenus, ont travaillé remarquablement
en général, tout en souhaitant
passer le relais, je dirai que ces professionnels
ont l'intuition de la nécessité de
prendre la question autrement.
Pour
ces difficultés, l'adresse a été faite
au médecin, rééducateur,
psychologue scolaire.
Il
me semble que nous pourrions caractériser
l'intuition de ces professionnels autour
de l'identification d'un manque de disponibilité psychique.
Cette disponibilité psychique sollicitée à l'enfance
est produite par une succession d'étapes à la petite enfance
et demeure à maintenir.
Les
castrations symboliques et humanisantes
sont contemporaines de la petite enfance
et de ce point de vue reviennent aux parents,
lesquels parents peuvent être soutenus
dans cette tâche mais pas éclipsés
(cela pose d'ailleurs avec acuité la
question de la scolarisation précoce).
La
castrationchez
Françoise DOLTO comme conditions
d'accès à la latence
-
nous naissons tous prématurément
>>> fonction d'aimance : prématuré = couveuse
- fonction maternelle au risque de la fusion
>>> fonction de séparation favorise le rejet
- fonction paternelle au risque du rejet
Paradoxe
de la fonction parentale
une
distance suffisamment bonne : la castration
les
conditions du don de la castration
les différentes castrations
les castrations ne peuvent s'effectuer sans parole = perspectives développementales
La
castration est à concevoir comme
un interdit opposé à une
satisfaction auparavant connue mais qui
doit être dépassée,
déplacée.
L'idée que la loi n'est pas seulement répressive mais aussi
initiatrice, promotionnante, libératrice et sublimatoire. La castration
en interdisant certaines réalisations du désir, oblige
et libère les pulsions vers d'autres moyens, d'autres rencontres,
délaisse un mode de satisfaction éprouvé jusque
là pour accéder à un jouir plus élaboré.
La
castration ombilicale : césure
du cordon, castration
Nourriture
vint par la bouche, partition physique
du corps. Milieu liquide : milieu aérien.
Concomitante de la naissance et fondatrice.
Sortie quitter les parents, quitter l'enveloppe,
oxygénation passive, passif nutritif.
Vie greffée sur le placenta maintenant
sur l'air.
La
castration orale
Sevrage,
désir du sein interdit, privation
imposée au bébé de
cannibalisme. Lait à la mère, à l'enfant,
un interdit de corps à corps et
dynamise le désir de parler. Pulsions
orales barrées : transmuter dans
un comportement langagier : effet symbolique
de la castration orale.
La
castration anale
Séparation
avec la mère pour la dépendance
des besoins excrémentiels fin du
parasite physique : entrée dans
l'agir, autonomie motrice, repérage
des limites.
La sublimation du plaisir anal entraîne que l'enfant devient industrieux
et ludique. Séparation entre la mère et l'enfant pour le «faire».
Ni dressage, ni mutilation du désir :
reconnue comme sujet, pulsion barrée. Castration primaire entre
anale et œdipienne.
pénis du garçon atout au jeu du désir mais le fait
qu'il manque chez la fille et sa mère l'angoisse : deuil d'une
identification possible à la mère, garçon sans enfant.
Chez la fille manque du pénis inquiétant engendre t'envie
du pénis, ne pas avoir de pénis : pouvoir devenir maman.
La
castration oedipienne
La
résolution de cette période
bloque l'effervescence pulsionnelle (fin
de la sexualité infantile). L'ensemble
de l'énergie est disponible pour
l'attention, la concentration et le relâchement
nécessaire à une élasticité cognitive.
Sinon
nous observons des enfants décrits
comme:
- instables,
- ailleurs,
- hyperactifs,
- sans mémoire,
- tracassés
Que
peut on en comprendre de l'échec
de l'apprentissage
Cela
renvoie évidemment à l'extraordinaire
singularité de chaque sujet, chaque
histoire familiale, qu'il va s'agir de
détricoter. Cependant comment pour
notre réflexion commune dégager
quelques pistes ? Autrement dit : que nous
apprennent les enfants qui n'apprennent
pas ?
Il
est clair qu'ils nous apprennent beaucoup étant
entendu que le mouvement même de
la psychopathologie psychanalytique étant
de partir du variant ou du pathologique
pour remonter au «normal» ou à l'habituel,
les difficultés ou les troubles
de l'apprentissage sont donc de ce fait
très informatifs quant aux conditions
normales de celui-ci.
Apprendre
correspond à une activité qui
s'intègre dans le champ plus général
de la croissance et de la maturation psychique,
ainsi l'acte d'apprendre se situe à l'exacte
interface entre d'une part l'équipement
neurologique et cognitif de l'individu
et d'autre part son environnement psychologique
relationnel (affectif, familial, social,
culturel)
Apprendre
= se joue d'abord la question des sublimations
Elles
visent à permettre la transformation
progressive de la curiosité sexuelle,
en curiosité intellectuelle avec
tous les risques que l'inhibition de l'une
peut faire courir à l'autre.
Comme on le sait, la curiosité n'est un défaut que lorsqu'elle
est déplacée ou replacée sur son terrain sexuel
d'origine, sinon elle joue dan un deuxième temps un rôle
moteur considérable dans la mise en place des processus de pensée
et de symbolisation.
Ce
déplacement concerne aussi la thématique œdipienne..
Dans ce sens qu'elle sert de fil rouge à la
capacité d'apprendre avec tous ses
mouvements d'agressivité de rivalité,
de séduction mais aussi de régression
parfois quand les notions pulsionnelles
se font trop fortes ou se trouvent vécues
par l'enfant de manière trop dangereuses.
En
réalité l'impact de cette
dynamique œdipienne s'avère indissociable
de la question du narcissisme et de l'estime
de soi.
Accepter les compétitions avec les images parentales, accepter
de les égaler voire de les dépasser tout ceci joue le plus
souvent un rôle moteur incitatif mais tout ceci n'est pas facile.
Il s'agit au fond d'apprendre pour conquérir l'amour de ceux à qui
on veut plaire et également d'apprendre pour se plaire.
Le succès de cette entreprise dépend finalement d'un équilibre
subtil en un certain degré de désidéalisation des
images parentales primitives puisqu'on ne lutte pas contre des saints
ou des héros, un écart entre le moi et l'idéal du
moi qui n'altère pas l'estime de moi (surmoi) et enfin une sécurité de
base suffisante qui permette d'affronter sans trop de crainte les conflits
pulsionnels et la lutte pour le succès.
Toutes
ces problématiques peuvent en outre,
on le sait, se déplacer sur la fratrie
avec les inhibitions ou les stimulations
que peuvent susciter les échecs
ou les réussites d'un aîné ou
d'un cadet. A tout cela on peut ajouter
tout le poids des mandats transgénérationnels
familiaux inconscients qui peuvent en quelque
sorte condamner l'enfant à l'aisance
ou au fiasco.
A
titre d'exemple
Le
rôle des «non-dits »
Une
place doit être faite au rôle
du non-dit, des secrets de famille, des
squelettes dans les placards. Il est probable
que dans un certain nombre de cas, au-delà du
rôle dans la structuration et de
l'organisation du groupe familial, ces
non-dits peuvent avoir un rôle entravant
au niveau de l'enfant à l'égard
de ses possibilités d'apprendre.
Comment
apprendre quand il est interdit de savoir
?
Cependant
il serait naïf de penser que la mise
au jour brutale et inconsidérée
de ces faits de vie puisse avoir automatiquement
un effet favorable sur l'efficience scolaire
de l'enfant. Tout est question de tact,
de timing et de savoir faire.
Pour
clore cette approche œdipienne de la dynamique
des apprentissages, le maillon essentiel
apparaît être l'identification
de l'enfant aux rapports que les adultes
entretiennent eux même avec leur
propre psychisme, leur désir de
savoir et leur capacité d'apprendre.
Ce qui revient à insister une nouvelle
fois et autrement sur l'effet des rencontres
et sur la qualité du monde adulte
que nous présentons à nos
enfants pour qui vivre, penser et apprendre
ne constitue jamais une « robinsonnade » qui
se jouerait en vase clos. «Bernard
Golse»
Apprendre
et savoir
L'important
n'est pas de tout savoir mais de tout pouvoir
comprendre. Virgile disait déjà « on
se lasse de tout, sauf de comprendre ».
Ce qui fait la place au plaisir de la surprise
et de l'inédit dans la question
des apprentissages.
La
surprise et l'inédit, cependant
participe à l'inconnu. Lequel on
le sait fait fuir. Nous préférons
parfois le connu d'une souffrance déjà là ou
déjà rencontrée à l'hypothétique
et énigmatique plaisir à venir
! (masochisme...)
Ainsi pourrions nous avancer que dans certains cas, seul le plaisir personnel
du pédagogue à affronter l'inconnu peut aider certains
enfants à admettre que l'inconnu n'est pas inconnaissable et dangereux.
Les apprentissages deviennent des modalités d'appréhension
du monde. Appréhension à comprendre au double sens : saisie
et crainte.
Telle est la base du conflit Si fréquent entre le désir
de savoir et la crainte d'apprendre.
Vouloir savoir est une chose, accepter d'apprendre en est une autre qui
suppose d'assumer un temps de suspend, un temps de vulnérabilité entre
le moment oû on lâche un tant soit peu ce que l'on sait et
où on ne tient pas encore ce que l'on cherche à acquérir.
Temps intermédiaire ou se réactive tout le jeu des pulsions
partielles mais qui joue comme une béance qui confronte le sujet à la
relation d'inconnu (retour des premières castrations).
Transfert
Cela
pose la question des enjeux transgénérationnels
liés à toute fonction d'éducation
et d'enseignement.
N'était ce pas la capacité d'entraînement de support
identificatoire de tel maître ou de tel enseignant qui puisse engager
un élève, un enfant dans cette bascule vers l'inconnu,
des nouveaux apprentissages.
Cela pose la capacité pour l'institution scolaire et pour les
personnes qui l'incarnent de mettre en place dans leur enseignement les
conditions de possibilité de respect de la prise en charge de
l'extraordinaire singularité de chaque élève notamment
les plus en difficultés.
Identification
des places de chacun
Enfants
- Parents
Mise
en place d'une distance suffisamment bonne
qui organise une délégation
de l'instruction à l'enseignant.
Accepter
de comprendre ce qu'il relance en nous
de notre propre scolarité, enfance
et adolescence
Parents
- Enseignants
Devenir
un partenaire complémentaire et
non intrusif
Pour
les parents s'intéresser sans «rejeter» le
temps scolaire
A
titre d'exemple, la lecture et son apprentissage
: l'instituteur organise l'apprentissage
en s'appuyant sur une méthode,
le parent participe à cet apprentissage
en partageant le plaisir de la lecture
avec son enfant.
Une
vignette clinique : Paul-
un enfant âgé de 7 ans.
La question
de cette consultation a démarré suite à l'appel
d'une orthophoniste me disant qu'elle
avait en travail depuis plusieurs semaines
un garçon prénommé Paul
pour des raisons d'extrême lenteur
et des difficultés à mémoriser
les leçons apprises, leçons
apprises qui tournent autour de l'écriture
et la lecture. Cette dame m'explique
qu'elle a fait un certain nombre de séances
et qu'elle a le sentiment que le travail
s'effectue correctement pendant ces séances
mais qu'à la séance d'après
il y aurait comme une sorte d'oubli,
d'impossibilité à conserver
quelque chose de l'acquisition de la
séance précédente.
Son intuition est qu'il n'est pas tout à fait
question d'un dysfonctionnement cognitif
mais plutôt d'un «embarras» pour
reprendre son mot, d'un embarras psychique,
et donc elle se retourne vers moi en
me disant «je pense que vous pourriez
peut être faire quelque chose de
telle façon que moi je puisse
reprendre mon travail, mais actuellement
il me semble que je suis dans une impasse»..
Voilà l'indication
qui m'a été faite pour organiser
la rencontre avec Paul.
Quelques
jours après un contact téléphonique
bref avec sa mère, je reçois
Paul en compagnie de sa mère, (son
père dont j'avais demandé la
présence était absent pour
des raisons de travail..). Cette mère
me présente la situation de façon
assez semblable à ce qui m'avait été évoqué par
l'orthophoniste ; à savoir que Paul
est donc en difficulté autour de
la lecture et de l'écriture. Elle
m'explique de la même façon
que ponctuellement les choses semblent
fonctionner et puis dans de l'après
coup de l'apprentissage il y aurait comme
une sorte d'évaporation et de disparition
des acquisitions fragilement mises en place.
Ce qu'elle nomme donc une difficulté de
mémorisation. Elle note de la même
façon que l'avait pointé l'orthophoniste
un très grand engagement de Paul
dans le travail, que ce soit dans le travail
auprès de l'orthophoniste ou dans
le travail scolaire, dans les deux voies
et y compris d'ailleurs en classe où la
maîtresse confirme l'implication
de cet enfant dans le désir d'apprendre
et l'envie de progresser. Pendant l'entretien,
Paul confirme les propos de sa mère
et lorsque que nous nous retrouvons seuls
tous les deux, il évoque cette scolarité qui
est un petit peu compliquée, les
séances de devoir qui sont un peu
compliquées et il passe très
vite -et je l'encourage en la matière- à parler
de son quotidien et notamment de ses loisirs
qui tournent autour du football et puis
de son activité, je dirai d'extérieur,
c'est à dire les jeux à l'extérieur
avec ses copains et puis aussi un certain
nombre de temps passé avec son père
en moto, en balade ici ou là..
Donc un garçon tout à fait conciliant, tout à fait
dans le travail, tout à fait désolé de la difficulté dans
laquelle il est, et dans laquelle il semble mettre un peu tout le monde
puisque quand même cela crée une certaine effervescence
dans la famille cette difficulté scolaire et donc nous partons
sur cette idée de se rencontrer à plusieurs reprises.
Je
ne rentre pas dans le détail des
séances qui ont suivi et qui se
sont déroulées de façon,
je dirai positive, au sens où l'implication
de Paul ne s'est pas démentie que
ce soit à travers la pâte à modeler,
le dessin ou tout simplement sa propre
parole.. Il essaie d'inventorier, de témoigner
de son vécu, de ses sentiments,
et les choses se déplient progressivement..
Après quelques semaines je reçois un appel du père
légèrement agacé me demandant où j'en suis
avec son fils témoignant de l'apparente lenteur des résultats
de mon travail. Je lui propose de me rencontrer, invitation qu'il accepte
assez rapidement. Quelques jours après je reçois ce père
seul, qui me confirme, je dirais, son expectative par rapport à mon
travail voire sa légère hostilité envers le monde
des psy. Il m'explique que Paul est tout à fait coopérant
pour venir mais que cela ne semble pas significatif du point de vue des
résultats. Donc dans un deuxième temps comme je le fais
assez souvent, après l'avoir laissé parler, je lui pose
quelques questions sur son actualité à lui et puis progressivement
on en vient à parler de son enfance, de son adolescence et de
sa scolarité.
Cet homme est artisan, il m'explique qu'il a fait une scolarité un
petit peu chaotique et notamment pour une raison tout à fait particulière
qui était sa difficulté et qui l'est encore d'ailleurs,
de mémoriser. Il m'explique que malgré tout il a obtenu
un C.A.P. pour devenir artisan dans le monde du bâtiment et il
m'explique qu'il a trouvé une astuce pour s'ajuster par rapport à sa
difficulté : Après chaque réunion du matin il se
précipite dans sa voiture et il recopie pratiquement par coeur
l'ensemble des éléments qui ont été apportés
par le chef de chantier de telle sorte que Si sa mémoire est mise
en défaut il a toujours la possibilité de reprendre maille,
en quelque sorte, avec ses notes.
Voilà, je ne sais pas Si à ce moment là il fait
un lien quelconque avec son fils, mais moi je le laisse un petit peu
sur cette idée ouverte et la discussion aidant les choses se sont
un petit peu assouplies et donc on se quitte avec cette idée qu'en
quelque sorte il me laisserait encore du temps Si j'osais cette expression.
La
séance d'après, Paul effectue
en modelage, donc en pâte à modeler
un éléphant, un éléphant
avec trois couleurs. Et contrairement à mon
habitude à la fin de la séance
au lieu de rempoter en quelque sorte les
modelages après les avoir, je dirais,
détruits… devant, je dirais, la
beauté de la réalisation
de Paul et contre toutes habitudes je lui
propose de le garder en lui disant que
le jour où il quitterait cet endroit
il pourra l'emmener avec lui. J'ai donc
déposé cet éléphant
tricolore dans la vitrine d'un meuble qui
est dans mon cabinet.
Quelques séances plus tard, la mère qui disait toujours
un petit mot à la fin, est venue témoigner d'une modification
significative dans le travail scolaire de Paul et notamment des remarques
très positives de la maîtresse : il semblerait que quelque
chose se soit débloqué du côté de sa difficulté de
mémoriser et donc les effets que cela a pu produire sur son amélioration
quant à sa lecture et à son écriture. Les semaines
ont suivi et très rapidement cette modification et cette amélioration
se sont confirmées de telle sorte que nous avons convenu avec
les parents de suspendre voir de mettre un terme à notre travail.
Le rendez vous fut pris pour la fin de l'année scolaire à la
mi-juin pour faire un peu le bouclage de ce travail en présence
de Paul et de ses parents.
Quelques
jours avant ce rendez-vous, appel téléphonique
du père qui m'explique que pour
une raison professionnelle il me peut se
rendre au rendez-vous, mais il me demande
si je peux le recevoir quand même
quelques jours auparavant. Bien évidemment
j'accepte cette proposition et je le reçois.
Donc nous discutons avec ce monsieur qui m'explique qu'il est tout à fait
ravi des progrès de Paul de cette modification dans son attitude
et dans ses capacités scolaires ; témoigne un petit peu
de nouvelles approches ou de l'évaluation de son point de vue
du travail que je pouvais effectuer et puis parle tout simplement de
son soulagement et qu'il voulait en témoigner personnellement,
que c'est pour cela qu'il avait demandé à me rencontrer..
Voilà, je l'ai donc laissé raconter un peu son affaire
et puis au moment de se quitter il passe devant le meuble vitrine et
il tombe en arrêt devant l'éléphant tricolore. Et
là i' ai senti quelque chose de l'ordre véritablement du
bouleversement chez cet homme qui
regardait pétrifié cet éléphant et d'un regard
suffisamment appuyé pour que je me permette de lui demander ce
qu'il se passait.
Il
me dit «Ecoutez, c 'est tout à fait
stupéfiant, mais figurez vous qu
'il y a peut être maintenant un plus
de 25 ans, j'étais en CE2 j'avais
fait un éléphant avec exactement
ces couleurs, ces mêmes couleurs,
il représentait à peu près
la même forme, enfin c'est une copie
conforme, c'est tout à fait étonnant
et c'est d'autant plus étonnant
que la maîtresse l'avait mis dans
une armoire avec une vitrine qui ressemblait
en tous points à la votre » et
il ajoute «je me souviens parce que
moi, je voulais le ramener à ma
mère, je voulais le ramener chez
moi et la maîtresse n 'a pas voulu.
Elle a dit qu 'il resterait ici et que
je ne le récupérerai pas
! »
Et
en même temps que cet homme s'exprimait
et parlait, il a commencé, je crois à réaliser
et donc je lui ai simplement demandé si
il avait une petite idée sur qui
avait pu faire cet éléphant.
Voilà, et là dessus il m'a
dit «j'imagine que c'est Paul.. » je
lui ai confirmé «c'est Paul
qui a fait cet éléphant et à cette
occasion d'ailleurs je lui ai proposé de
l'emmener à l'issue de notre travail
et comme vous le savez c 'est la semaine
prochaine que ça s 'arrête
et donc Paul reviendra avec son éléphant».
La
semaine d'après j'ai reçu
Paul avec Sa mère et nous avons
bouclé notre séquence de
travail. Nous avons pris un rendez vous
téléphonique vers la fin
septembre pour que cette mère puisse
me dire un petit peu comment les choses
allaient, puisque comme vous le savez le
mois de septembre est souvent l'occasion
d'évaluations pour les enfants et
les élèves.
J'ai reçu un appel fin septembre de cette femme me disant que
Paul avait entamé brillamment son année scolaire et que
les choses étaient vraiment en place et elle en était plutôt
satisfaite...
Voilà cette
petite vignette. Chacun peut en faire son
interprétation, chacun peut en trouver
le sens.