CREAI Centre
Régional d'Etudes et d'Actions pour
l'Insertion
19, rue du Général Moulin - 14063 CAEN Cedex
VEILLE
EDUCATIVE - DIAGNOSTIC PARTICIPATIF
Compte rendu de la rencontre du 14 mars 2005
Groupe
scolarité et décrochage scolaire
Lors de la première
rencontre de ce groupe, d'autres types de situations-problèmes
ont été repérées.
Elles n'ont pas été reprises comme
axes centraux d'analyse, soit parce qu'elles
sont étudiées dans d'autres cadres (Problèmes
psychiatriques rencontrés par les jeunes,
abordé dans le cadre de la réflexion
préalable à l ‘élaboration
du schéma départemental de l’enfance
et de la jeunesse de La Manche), soit
par ce qu'elles sont plus de l'ordre des symptômes
que des situations problèmes (Exclusions
scolaires de certains jeunes confrontés à des
problématiques particulières).
Décrochage
scolaire, absentéisme
Constat
et problèmatisation
Les causes
du décrochage scolaire sont multiples,
inhérentes à la situation des
jeunes. Le décrochage est souvent le
produit de difficultés convergentes,
personnelles, familiales, sociales, scolaires…
L'absentéisme
est une étape du décrochage scolaire
et sans en être le principal symptôme.
En effet, nombre de jeunes décrocheurs «passifs» restent
scolarisés normalement, ils sont portés
par le déroulement de leur scolarité dans
le temps, sans pour autant faire de bruit…
Ce qui peut
caractériser le décrochage, c'est
souvent le malaise et le mal-être de
jeunes enfants ou adolescents, qui se retrouvent
en difficultés à des moments
clés, où ils franchissent simultanément
des «barrières» d'âge
et de scolarité. L'absence de projet
est un symptôme possible du décrochage.
D'autres jeunes «partent
en vrille», sans qu'aucun dispositif
ne puisse répondre, au moment où le
décrochage scolaire survient, notamment
quand le jeune n'adhère pas ou plus à ce
qui lui est proposé.
Prés
de 10 % de jeunes quittent le système
scolaire pour s'orienter vers une solution
dite « positive» : apprentissage,
M.F.R… Mais, quand cette solution aboutit à un échec,
la Mission d'Insertion de l'Éducation
Nationale n'est pas toujours informée
et ces jeunes peuvent se retrouver
durablement sans solution positive
de formation ou d'insertion
professionnelle.
Les réponses
et les acteurs
Il existait
précédemment des outils comme
le préapprentissage, adapté à des
jeunes âgés de 14 ans, confrontés à des
difficultés scolaires particulières.
Les 4emes et 3emes technologiques
constituaient aussi des réponses adaptées aux problématiques
de jeunes décrocheurs, âgés de 14 à 16 ans.
Un accent
est actuellement mis sur l'apprentissage,
mais se posent le problème d'image de l'apprentissage
et la difficulté à repérer
des tuteurs compétents en entreprise
artisanale.
Les Parcours
Individuels de Formation (P.I.F.) peuvent être
proposés, par les chefs d'établissement
aux jeunes qui ne souhaitent pas continuer
un parcours scolaire classique. Cette formule
est une adaptation individualisée et
souple des réponses de l'Éducation
Nationale, qui nécessite l'adhésion
des jeunes et de leurs parents. Peu de jeunes
sont concernés par les PIF.
Suggestions
du groupe
Le passage
du CM2 à la 6eme qui correspond aussi
au passage à l’adolescence, ne doit
pas seulement être traité au plan
pédagogique. Les difficultés
liées à ce cap, doivent donc être
prise , en compte de manière préventives
et non réactionnelles.
C'est
plus l'enfant que l'élève qui devrait être
pris en compte en partant de leur niveau et
de leurs besoins, avec des aides individualisées
et une meilleure association de ceux-ci, pour
contribuer à revaloriser l'estime
de soi.
Une référence
unique pourrait aussi être instituée
pour les enfants décrocheurs, comme
elle est organisée au sein des classes-relais.
Intégration
difficile des règles et normes au
sein de l’école.
L'école
est le seul lieu présentant un caractère
obligatoire, mais ce au n'est pas seulement
dans ce cadre que s'expriment les difficultés
d'intégration des règles
et des normes.
Beaucoup
de jeunes sont aussi confrontés à ce
type de difficultés dans leurs activités
de loisirs. Au bout de 4 demi-journées
d'absence non justifiées dans le mois,
le chef d'établissement doit le signaler à l'Inspection
Académique, or les Principaux des collèges
ne le font pas systématiquement, puisqu'ils
tentent d'abord de rechercher les causes de
cet absentéisme avant tout signalement.
L'Éducation
Nationale devrait donc pouvoir être le
premier lieu de repérage des difficultés,
observations qui pourraient être complétées
dans le cadre des loisirs des enfants.
En ce
qui concerne l'absentéisme, deux types de
situations sont observés: l'absentéisme « actif» caché aux
parents et l'absentéisme qui trouve
sa source dans l'absence de références éducatives
familiales, en matière de respect des
règles et des normes.
Cette
absence de références éducatives
peut accentuer le phénomène de
décrochage, mais elle ne saurait être
considérée comme la cause
unique.
Une étude
menée sur le quartier de l'Amont Quentin
a permis de constater que des petits enfants
pouvaient être régulièrement
en dehors du domicile familial, pendant prés
de dix heures, sans qu'aucun problème
scolaire ne soit repéré pour
autant, par l'école.
Les enfants
confrontés à des difficultés
avec les règles et les normes ont souvent
des problèmes d'apprentissage des règles
liées
au français
ou à d'autres matières. Quand
l'intégration des règles et de
normes n'est pas faite dés l'âge
de 2 ou 3 ans, les difficultés s'en
trouvent accrues à l'adolescence.
Place
et rôle des parents dans la prise en charge éducative
des enfants
Constat
et problèmatisation
Les familles
sont souvent moins démissionnaires qu'on
ne le pense: elles veulent assurer leurs responsabilités
mais elles sont souvent dépassées.
Il est donc
indispensable d'accomplir un véritable
travail avec les parents. Par exemple, pour
les enfants en "décrochage passif',
un travail sur les représentations communes
du parcours de l'enfant est à faire,
entre parents et communauté éducative,
afin de poursuivre le même objectif et
proposer un guide à l'enfant.
L'importance
du travail avec les parents dés l'école
primaire est souligné, car c'est la
structure de quartier où tous les acteurs
peuvent se rencontrer (parents, enseignants
et travailleurs sociaux...).
Cette démarche
volontariste menée par l'établissement
doit être approuvée par le conseil
d'école.
Les parents
doivent être invités et non convoqués à évoquer
la situation des leur enfant. Ils doivent être
replacés dans leur rôle éducatif,
sans culpabilisation ou infantilisation de
leurs fonctions, afin de préserver leur
autorité auprès des enfants.
Les parents
se trouvent souvent démunis pour comprendre
les informations provenant de l'Éducation
Nationale. Un travail est à faire pour
les traduire afin qu'elles soient accessibles à tous.
Les réponses
et les acteurs
Une démarche
ouverte, avec des moments conviviaux, en dehors
de l'école et basée sur le volontariat
des parents a été menée
sur Octeville, pour évoquer la situation
des enfants, dans une démarche autre
que celle des conseils de classe.
Le groupe
de paroles a été ouvert sur Tourlaville,
mais les parents qui y participent ne sont
pas toujours ceux qui sont le plus confrontés à des
difficultés éducatives. Le groupe
de parole permet d'écouter la souffrance
des parents, auxquels la responsabilité voire
la culpabilité de l'échec des
enfants sont souvent renvoyées.
L'élaboration
d'une charte parents / enseignants dans le
cadre de la Z.E.P a été soulignée
comme piste de réflexion possible.
Suggestions
du groupe à développer
Quand les
familles et le monde scolaire ont des conflits à régler,
il est préférable de trouver
un lieu neutre d'expression et de résolution
des difficultés.
Il est aussi nécessaire de créer les conditions de la pérennité et
de l’adaptation des dispositifs de coopération entre parents, enseignants
et travailleurs sociaux, menés avec un esprit de veille et de mouvement.
La veille éducative peut devenir le cadre de la permanence de la coopération
des parents, des enseignants et des travailleurs sociaux, autour des enfants
décrocheurs. Deux niveaux d'actions de la veille éducative
peuvent être imaginés:
- celui de l'action concertée entre professionnels et parents, au
plan communal, autour des situations individuelles,
- celui de la mise en place des modalités de coopération entre
les institutions, autour des problématiques globales à traiter
ensemble au plan intercommunal.
La veille éducative
devrait s'articuler avec le programme de réussite éducative,
prévu par le plan de cohésion
sociale. Son objectif est d'accompagner dés
la petite enfance, des enfants et des adolescents
(et pas seulement des élèves)
présentant des signes de fragilité et
des retards scolaires, en prenant en compte
la globalité de leur environnement.
Travail
du groupe «insertion sociale et vie
dans la cité»
Il
a été nécessaire en
début de séance de rappeler
les objectifs et le cadre de la mission veille éducative.
Ce rappel a permis de souligner l'intérêt
de la multiplicité des acteurs autour
de la table, et la nécessité pour
les élus et les professionnels de
confronter leurs points de vue sur une telle
question.
Les échanges ont montré la complexité des changements
de comportements des jeunes et des adultes que tous perçoivent de
façon plus ou moins diffuse, mais qui resteraient étudier plus
profondément pour véritablement les comprendre.
Ce qui suggère une première piste d'action pour la «veille éducative» :
organiser des séminaires de formation réguliers, à destination
de l'ensemble des acteurs concernés afin de réfléchir
ensemble sur ce que pourrait être une éducation, qui combine
la liberté de chacun et le respect mutuel, reposant sur de nouvelles
formes de civilité.
Difficultés
d'adhésion des jeunes aux activités
ou aux dispositifs proposés: activités
sociales, culturelles, loisirs.
Des raisons à cette
difficulté d'adhésion?
Les
possibilités offertes par la technologie
(TV, jeux vidéos, Internet) jouent
; un rôle dans ces difficultés
d'adhésion, en ce qu'elles favorisent
les activités solitaires, cause ou
effet?
Elles ne suffisent pas à expliquer puisque le constat est fait en
parallèle qu'il y a de plus en plus de jeunes en errance
Question
de l'adhésion, de l'engagement:
Le contrat semble ne plus avoir de signification pour les jeunes.
Les contrats d'objectif signé dans le cadre des formations n'ont pas
de valeur pour les jeunes, les jeunes ne s'y reconnaissent pas.
Le contrat est un engagement bilatéral, droits et devoirs. Il a beaucoup été développé et
pas toujours correctement.
la question de la temporalité des contrats est également à poser
Une évolution de l'offre dans la pratique des sports comme des loisirs.
vers 1 une utilisation «libre service»
Une représentation des équipements sociaux comme «un
espace où l'on se socialiserait mal»
Comment
faire ?
L'obligation
d'inscrire son enfant à une activité de
loisirs dans le cadre du centre Louise Michel
permet aux mères de rompre avec la
représentation négative qu'elles
ont des centres de loisirs.
Par rapport à ces représentations, que faire comment mieux
informer les parents?
L'information existe il faut travailler sur la relation.
L'adhésion nécessite la relation et l'expression, il existe
au moins trois axes possibles et complémentaires:
- «aller vers », c'est le rôle des animateurs de rue qui
vont à la rencontre des jeunes
- mettre en place des instances: conseil de jeunes groupes de paroles...
- créer / trouver un prétexte à la rencontre des parents
pour nouer une relation, puis organiser des rencontres en réponse à des
demandes exprimées
Dans
le cadre de l'évaluation des structures
mises en place sur Querqueville, un travail
a été réalisé avec
les animateurs et les parents sur la construction
d'un questionnaire. La représentation
des centres de loisirs montrent qu'ils sont
utilisés d'abord comme un mode de
garde, mais peu envisagé comme un
lieu d'éducation qui permettrait de
développer des compétences
sociales
Les parents recherchent une «rentabilité éducative» dans
le sens scolaire, de la préparation à une situation professionnelle,
comment leur montrer que le centre de loisirs développent l'apprentissage
de «compétences sociales et relationnelles» ?
«Revenir
sur le principe de la gratuité et
imposer un contrat avec l'idée de
donner et de recevoir» ?
Le
respect des règles par exemple dans
le cadre de créneau d'ouverture des
gymnases marque un premier niveau d'engagement. à partir
duquel on peut travailler des étapes
suivantes
Intégration
difficile des règles et des normes,
tant au sein de l'école que de la cité.
Si les règles établies
ne sont pas intégrées par les
jeunes, elles ne sont pas pour autant absentes,
des groupes sont constitués avec leurs
propres règles.
Il faut se
poser la question du pourquoi les jeunes
intègrent
difficilement les règles, sont elles
clairement posées ? Quelle est la place
de l'enfant du jeune dans l'élaboration
de ces règles ?
La société a évolué,
les règles sont plus nombreuses et
moins fortes.
On accepte d'abord ce qui nous parait «juste» et cela nécessite
discussion.
Les règles étant plus nombreuses aujourd'hui, de nouvelles
compétences doivent être développées pour repérer
le cadre et s'y adapter.
La place de
l'adulte dans l'application des règles
a évolué également ? L'adulte
n'intervient plus pour faire respecter les
règles dans la rue : démission
? peur de l'adulte d'intervenir ? attitude
agressive du jeune ?
Place
et rôle des parents dans la prise en
charge éducative.
On constate
de plus en plus de demande d'aide des parents
aux animateurs de centre de loisirs, ceci
marque qu'ils se sentent démunis mais interroge également
sur le rôle des animateurs.
Suite à un
diagnostic dans un quartier sensible, on a
constaté que les offres d'accueil et
d'activité pour les enfants étaient
nombreuses et que beaucoup d'entre eux passaient
un maximum de temps à l'extérieur
et ne voyaient plus leurs parents. Cela pose
question, est ce que la multiplicité des
accueils proposés, plus particulièrement
aux parents en difficultés, ne contribue
pas à déresponsabiliser les parents
? La multiplicité des professionnels
de l'éducation culpabilise peut être
les parents. Les parents ne vivent plus comme
les éducateurs
Place des parents dans l'école
Les parents sont de plus en plus présents dans l'école, est
ce une bonne chose ? En même temps, les parents ne sont pas véritablement
intégrés dans les conseils d'établissements, ils ne
participent pas à leur préparation
L'importance
du travail sur la relation avec les parents
n'est pas acquise par tous les professionnels
et les élus. Le temps et les moyens
sont prioritairement attribués
aux enfants (exemple de l'accueil au
centre de loisir)
Difficultés à formaliser
les temps d'échanges avec les parents.
Par exemple à Tourlaville, des échanges
de parents à la crèche ou en
sortie d'école ont abouti à la
création d'un lieu parents enfants pour échanger
sur les questions éducatives qu'ils
se posent. Mais «l'institutionnalisation» d'un
tel lieu se confronte à la difficulté pour
les parents, de «passer la porte»...
Pour les adolescents
l'implication des parents est d'autant
plus difficile qu'ils ne souhaitent pas eux même
cette implication et y interfèrent.
Expérience du conseil de jeune de Tourlaville qui fait participer
les parents. Expérience d'ouverture de lieux d'accueil pour les adultes
et enfants dans les bas d'immeuble. Dans un premier temps seul les enfants
fréquentaient le lieu d'accueil, une règle a donc été mise
en place : seuls les enfants accompagnés seraient accueillis. L'application
stricte de la règle a provoqué une chute de la fréquentation
dans un premier temps, mais dans un second temps la fréquentation
des enfants accompagnés a remonté. Ce qui montre qu'il faut
aussi proposer des règles, qui, quand elles apparaissent justes,
fonctionnent.