Synthèse
de l’intervention de Barbara Couvert
La place et le rôle des grands-parents
REAAP 50
: Rencontre départementale 2005
Les
grands-parents d’aujourd’hui sont
de nouveaux grands-parents : enfants du « baby-boom »,
ils ont expérimenté des changements
familiaux très importants (égalité du
pouvoir légal au sein de la famille ;
droit au divorce, contrôle de la contraception)
; ils ont vu se développer l’activité professionnelle
des femmes hors de la famille ; ils ont un pouvoir économique
très important (plus que leurs enfants
souvent) ; ils sont responsables de leurs parents… autant
d’éléments qui impliquent
des changements de rôles et de rapports
de force dans la famille.
C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que
l’on voit coexister massivement quatre générations d’une
même famille ; ce changement concerne la totalité du monde « occidental ».
D’où la « question de la « grand-parentalité » aujourd’hui.
Ces nouveaux
grands-parents cependant n’échappent
pas aux grandes lois de l’humanité :
l’échange (obligations de donner,
recevoir et rendre : Mauss) et l’alliance
notamment matrimoniale (exogamie ; interdiction
de l’inceste) qui fondent la famille.Or
la famille a un rôle déterminant
dans la construction de l’identité individuelle
: outre le nom qu’elle donne, c’est
elle en premier qui modèle les individus
en leur transmettant une manière d’être
(concept d’habitus de Bourdieu : incorporation
de comportements vécus et pensés
comme innés) et des modèles conscients
ou inconscients (processus d’identification
décrits par la psychanalyse). Elle a aussi
un rôle déterminant dans le parcours
social notamment par la mise en œuvre de « stratégies
familiales » de réussite sociale
qui permettent, aux familles qui les maîtrisent,
maintien ou ascension sociale. Inégalitaires
Une part des
stratégies familiales s’exprime
sous la forme des « solidarités
familiales » qui font circuler des biens
dans les quatre générations de
la plupart des familles actuelles ; biens dont
les formes sont variées : argent, temps
(garde des enfants, visites aux grands-parents),
richesse sociale (soutien scolaire, vacances,
appui à l’emploi) ou affection.
Ces solidarités familiales tissent des liens en même temps qu’elles
marquent l’identité de la famille. Elles sont présentes
dans tous les milieux sociaux et sont d’autant plus actualisées
que l’Etat s’engage lui-même dans l’aide sociale.
Les grands-parents
d’aujourd’hui sont majoritairement
les pivots de ces solidarités.L’approche
d’Ivan Borsomeny-Nagi, « l’analyse
contextuelle » avec ses concepts de « grand
livre des comptes de la famille », d’acquisition
de mérites et de dettes en fonction de
la place que l’on occupe dans la famille,
de loyauté, d’équité et
de légitimité, permet une approche
psychologique de ces solidarités : il
montre qu’elles peuvent s’exprimer
de façon positive ou négative :
la solidarité fonctionne bien quand le
principe d’équité est respecté ;
mais lorsqu’il il y a illégitimité de
la demande des parents vis-à-vis des enfants,
l’ « ardoise pivotante » renvoie
aussi les dettes et les comportements néfastes
: les enfants et les femmes de ces enfants-là sont
au premier rang de ceux qui payent les dettes
des générations précédentes
; ainsi les familles incestueuses.
Après cette intervention, les échanges
avec les participants ont porté sur
l’importance de la législation
en tant que structuration de la filiation ;
sur la transmission du secret de famille ;
sur la répétition de comportements
ou d’événements d’une
génération à l’autre,
sur les constructions statistiques qui laissent
croire à des répétitions
inéluctables…