Le but de cet échange était
de poser les différents axes de réflexion
de la problématique attenante au couple
parental / conjugal. Néanmoins, dans un
souci d’opérationnalité,
nous avons aussi travaillé en atelier
sur des situations problèmes types pour
dégager quelques pistes de compréhension
et d’aides possibles. Nous retrouverons
le compte rendu de ces ateliers à la fin
de cette synthèse.
1. QU’EST-CE QUI FONDE
UN « COUPLE » ?
Nous sommes
convenus que le minimum pour pouvoir constituer
un couple était d'avoir deux individus.
Pour autant, nous avons également établi
que si cette condition était nécessaire
elle n’était pas suffisante.
En effet, ce
qui fonde le sentiment d'appartenance à un
même « couple » tient à la
création d'un tiers, dénommé « le
couple », qui alimente, ressource et sollicite
chacun des deux individus, en plus, voire indépendamment,
de ce que chacun individuellement demande et
donne à l’autre.
Ainsi, la notion
de couple implique pour chacun des deux individus
un certain nombre d'interactions avec ce tiers
qu’est son couple, qui tiennent autant à ce
que son conjoint demande qu’à ce
que chacun projette dans l’idéal
de couple.
Dès lors,
il se peut que les deux individus du couple se
donnent une ligne de conduite et des critères
d'exigences qui tiennent à leur représentation
du couple, parfois différentes de ce que
le conjoint attend ou demande réellement.
En même temps, certains individus peuvent
continuer à s'alimenter de cette représentation
du couple, alors même que leur conjoint
ne suffirait plus à l’alimenter
seul.
2. QU’EST-CE
QUI FAIT PASSER UN COUPLE CONJUGAL AU COUPLE
PARENTAL ?
Si, d'un point
de vue administratif, la naissance ou l'adoption
d'un enfant suffit à faire passer un couple
conjugal dans la fonction parentale, il est apparu
que pour ce qui concerne les évolutions
psychologiques du couple, nous pouvions distinguer
trois niveaux de passage, complémentaires
:
> Le désir
d’être parent : en effet, le seul
fait de faire un enfant ne suffit pas à faire éclore
le désir d'en être le parent. Or,
il apparaît clairement que pour devenir
le parent d'un enfant, il y a au préalable
un désir d'accomplissement individuel
qui se projette dans une fonction de père
ou de mère. Ce désir peut intervenir
bien avant l’arrivée d'un enfant … ou
bien après.
> L'engagement
décentré : exercer une fonction
parentale en couple, nécessite de pouvoir
expérimenter sa capacité à s'engager
très concrètement dans le quotidien
de l'éducation d'un enfant, de façon
décentrée, tant par rapport à soi
que par rapport à son couple conjugal.
En effet, il faut pouvoir agir et penser dans
l'intérêt de l'enfant, et non seulement
dans le sien, comme il faut pouvoir prendre le
risque du conflit conjugal lorsque les orientations
parentales opposent les deux conjoints.
> Le détachement évolutif
: à chaque étape du grandissement
de l'enfant, et ça commence très
petit, le papa et la maman doivent pouvoir composer
avec un équilibre dynamique entre le nécessaire « attachement »,
pour fortifier l'enfant, et le « détachement » pour
pouvoir de laisser grandir. Ce détachement
devra évoluer dans sa forme et son intensité,
en fonction de l'âge de l'enfant, de sa
sensibilité, de son entourage familial
et social, …. Il convient donc en permanence
de réajuster le lien entre parents et
enfant tout au long de la vie de l'enfant.
3. QUELLES SONT
LES GRANDES ÉTAPES À VIVRE POUR
UN COUPLE PARENTAL ?
Après avoir évoqué, ci-dessus, les trois niveaux de passage
qui nous apparaissent nécessaire pour que chacun des deux individus
constituant un couple conjugal deuxième parent, nous proposons d'identifier
plusieurs étapes d’évolution au sein même du couple
parental, pouvait permettre d'évoluer et de durer tout au long du grandissement
enfant.
A. ANTICIPER :
L’élaboration
de repères projetés communs : être
un couple parental renvoie aux mêmes considérations
que pour le couple conjugal. Ainsi, il est primordial
que chacun des deux individus parents échange
par anticipation sur les différences individuelles,
afin de construire une représentation
commune des orientations et des choix éducatifs
du couple. En même temps, il faudra pouvoir
accepter que ses représentations projetées
pourront connaître des variations, voire
des changements radicaux, en tenant compte de
la réalité qui se vivra au quotidien
avec l'enfant. Ces échanges sur l’anticipation
de position du couple parental sera à reproduire
lors des différentes étapes de
l’évolution de leur enfant (éducation
la propreté, apparition du langage, scolarisation,
période d’opposition, adolescence …).
B. ACCOMPAGNER :
La construction
quotidienne des réponses éducatives
: confrontés aux originalités et à la
personnalité de chacun des enfants, ainsi
qu'aux évolutions de chacun des deux individus
parent, les repères communs projetés
seront à réinventer dans le cadre
d'une construction quotidienne. En effet, dans
ces situations quotidiennes, la réflexion
n'a pas le temps de s'installer et chacun des
deux parents doit pouvoir répondre et
s'engager très concrètement au
quotidien, notamment sur des situations qui n'ont
pas forcément été prévues.
Cette construction quotidienne de réponses éducative
doit nécessairement alimenter le point
A., à échéances régulières,
pour pouvoir réajuster la position du
couple parental.
C. S’ENTRAIDER :
Faire preuve
d’endurance : la confrontation au quotidien
est particulièrement épuisante
pour le parent. En effet, en plus de devoir gérer
ce qui relève de ses responsabilités
professionnelles et conjugales, il doit sans
cesse être totalement présent auprès
de son ou ses enfants qui, eux, semblent parfois
avoir une énergie inépuisable !
Ainsi, le couple parental doit s’engager
conjointement en véritable « relais » pour
permettre à chacun de tenir dans la durée,
afin de contribuer à la structuration
de l’enfant grâce à la permanence
et à la stabilité du discours parental.
Ce relais peut s’exercer soit dans un même
espace-temps où le conjoint en difficulté face à un
enfant se fait aider et renforcer par son conjoint,
soit dans des espaces et des temps différents
où le conjoint présent relaiera
et validera ce qu’a commencé l’autre
conjoint à un autre moment et/ou dans
un autre lieu.
D. SE RESSOURCER :
penser à équilibrer
les temps du couple parental et ceux du couple
conjugal : le création d’un couple
parental trouve son origine dans un couple conjugal,
qui évolue dans ses désirs de réalisation
en exprimant conjointement un désir de « parentalité ».
Cependant, chacun des deux parents doivent pouvoir
ressentir régulièrement que l’autre
conjoint éprouve toujours un désir à son égard
en tant qu’individu à part entière
et non seulement par le rôle parental qu’il
exerce auprès des enfants. Ainsi, il est
essentiel que le couple parental prenne le soin
de se ressourcer dans son couple conjugal, notamment
parce que les situations d’accompagnement
parental du quotidien peuvent mettre chacun des
deux conjoints à rude épreuve,
quand ils se sentent contredits par l’autre.
4. QUELLES SONT
LES DIFFICULTÉS QUE RENCONTRE UN COUPLE
PARENTAL QUAND LE COUPLE CONJUGAL EST SÉPARÉ ?
Lorsque le couple
conjugal est en rupture, quelles sont les difficultés
qui apparaissent en retentissement sur le couple
parental qui se doit toujours exister, car le
ou les enfants ne se dissolvent pas en même
temps que le couple conjugal ?
Nous proposons d’étudier
les quatre points A, B, C & D :
A. ANTICIPER :
le maintien
de cette fonction du couple parental est peut-être
encore plus important après une séparation
car le quotidien ne se vivant plus sur les mêmes
lieux ni les mêmes moments, c’est
une des seules façons de montrer à l’enfant
la réalité de la permanence du
couple parental. Pourtant, le fait de ne plus
jamais partager les mêmes situations dans
la réalité, ainsi que l’avènement
pour chacun des ex-conjoints d’un nouveau
couple conjugal, rendent cet objectif particulièrement
difficile, voire objet de conflit récurent.
B. ACCOMPAGNER AU QUOTIDIEN :
c’est
indéniablement une des fonctions du couple
parental qui est la plus en difficulté lors
d’une séparation. En effet, sauf
dans le cas d’une garde conjointe à la
journée, il est impossible pour les deux
parents, dans le cadre d’une garde alternée,
de continuer à jouer leur rôle de
construction quotidienne des réponses éducatives.
C’est alors, le cas échéant,
le couple conjugal recomposé qui va gérer
cette fonction, ce qui peut mettre en difficulté l’enfant
qui ne perçoit pas toujours la même
cohérence de réponse entre ce que
l’un des parents lui apportait avant la
séparation et ce qu’il lui propose
après. Il peut alors se demander quelle
est la crédibilité à apporter à ces
nouvelles réponses, si les précédentes
auxquelles il croyait sont maintenant dénoncées
sans qu’il en comprenne la ou les raisons.
C. S’ENTRAIDER :
dans le cas
d’une séparation, le relais est
une des choses qui doit absolument se mettre
en place, en se pensant différemment,
car les temps de responsabilité auprès
de l’enfant sont déterminés
et alternés et s’imposent à chacun
des deux parents. Ce relais entre les deux parents
est donc organisé et nécessaire,
notamment parce que c’est pour le parent
qui est relayé l’un des seuls moments
qu’il peut investir pour reconstruire une
autre histoire conjugale ou pour se ressourcer,
après avoir assuré seul le quotidien
de la fonction parentale.
D. SE RESSOURCER
dans l’équilibre
entre le couple conjugal et le couple parental
: c’est dans ce domaine que le couple parental
est sans doute le plus en difficulté au
long cours car il y a un risque de déséquilibrage
au bénéfice du couple conjugal
originel. C’est en effet le paradoxe d’une
situation de divorce qui va souvent soumettre
le couple parental, et par voie de conséquence
l’enfant, à des enjeux de maintien
du couple conjugal au travers du conflit consécutif à la
blessure narcissique de chacun des deux ex-conjoints.
Ainsi, ce qui devrait normalement se résoudre
au niveau du couple parental, reste en suspens,
voire se complexifie, pour permettre au couple
conjugal de durer en se servant de ces seules
situations qui lui reste pour interagir de l’un
envers l’autre … tout en reprochant
souvent à l’autre de ne pas assez
assumer son rôle de parent et de trop régler
des conflits de couple conjugal !
5. QUELLES PEUVENT ÊTRE
LES DIFFICULTÉS SPÉCIFIQUES AU
NIVEAU DU COUPLE PARENTAL LORSQUE LE COUPLE CONJUGAL
EST ATYPIQUE ?
Pour clore notre
rapide réflexion sur ce sujet du couple
conjugal et du couple parental, nous avons évoqué quelques
situations de couples conjugaux atypiques et
les difficultés que cela peut engendrer
dans la construction du couple parental :
> Le couple
avec de fortes différences spirituelles
: les différences de cultures et de sensibilités
des deux parents, au regard de leurs convictions
spirituelles, peur mettre les deux parents en
difficulté surtout par rapport aux fonctions
A. et B. évoqués ci-dessus. Il
leur faut donc souvent revenir sur les anticipations
des points de repères communs et partager
de nombreux moments de construction quotidienne
pour éviter de s’enfermer dans un
risque d’appropriation de l’enfant
au service de ses convictions spirituelles.
> Le couple
homosexuel : face à la possible pression
du regard social et à la crainte du jugement,
le couple de parents homosexuels peut se sentir
fragilisé sur le point D., car il ne se
permet que très peu de temps de ressourcement
pour le couple conjugal afin de ne pas alimenter
les critiques d’irresponsabilité qu’ils
peuvent redouter.
> Le
couple monoparental suite à la disparition
du conjoint : lorsque le conjoint se retrouve
seul suite à la disparition de son conjoint,
il doit faire face à l’ensemble
des fonctions du couple parental et se retrouve
en difficulté, s’il ne se fait
pas aider, par rapport aux points C et D. En
effet, il peut craindre de trahir son engagement
vis-à-vis de son conjoint disparu en
s’autorisant des temps de ressourcement
ou de relais avec d’autres personnes.