L’autorité,
une évidente nécessité… qui
ne va pas de soi.
REAAP 50 - Rencontres départementales
2003
Introduction :
L’autorité est
une question nouvelle dans l’éducation
des enfants.
La question de l’autorité ne se posait pas il y a 30 ans. L’autorité était
tout simplement une évidence. Un enfant bien élevé était
avant tout un enfant obéissant.
1968 a marqué une
rupture en affichant cette fameuse formule : « Il
est interdit d’interdire ».
A partir de là, l’autorité a été assimilée à l’autoritarisme, à quelque
chose de néfaste.
Aujourd’hui, les parents sont souvent en difficulté par rapport à l’exercice
de l’autorité dans la famille et parfois avec leurs très jeunes
enfants.
Quels repères se donner pour vivre une autorité constructive
en évitant autoritarisme et laxisme ?
Au
cours de mon intervention j’aborderai les points
suivants :
1. L’autorité :
une nécessité et … des difficultés.
• Une
nécessité
Chacun s’accorde aujourd’hui à reconnaître
que l’autorité est une nécessité.
Mettre des limites est indispensable pour que l’enfant puisse se construire.
C’est le cadre sécurisant dont il a besoin pour s’expérimenter,
se structurer, apprendre à gérer ses frustrations, grandir.
Mettre des
limites, c’est :
- Garantir la sécurité de l’enfant ; il faut du temps avant qu’il
soit conscient et responsable.
- Faire appliquer la loi à laquelle chaque adulte, chaque parent se
soumet (ne pas voler, ne pas insulter, …)
- Lui permettre de vivre des relations de qualité : respect de l’autre,
de sa liberté, de son territoire, (ne pas taper, ne pas mordre,…)
- L’aider à intégrer le sens du collectif, du bien commun et
l’aider ainsi à s’insérer dans la société (ranger,
respecter les règles de vie ensemble,…)
- Lui permettre de gérer des émotions, des sentiments qui l’amèneraient
autrement à poser des actes destructeurs
- Favoriser sa croissance en le préservant d’influences néfastes
(films violents, pornographie, expériences dégradantes,…).
Dire non, c’est
dire oui à autre chose de plus fondamental,
plus essentiel. C’est lui manifester qu’on l’aime
et qu’on ne le laissera pas se mettre dans des
situations qui iraient à l’encontre de
sa vie et de sa construction.
Dire non à l’enfant c’est aussi lui donner le droit de dire non à l’autre.
Cela lui permet d’expérimenter que l’on peut être en désaccord
sans abîmer la relation
• Des difficultés
Dire non est
parfois et même souvent difficile. Cela
engendre des frustrations, des sentiments négatifs,
des tensions voire des conflits avec les enfants
et parfois avec le conjoint lorsqu’il y a divergence
sur les exigences à poser.
Dire oui peut apparaître comme la solution la plus facile à court
terme même si ce n’est pas satisfaisant au bout du compte.
Ce qui peut
rendre difficile l’exercice de l’autorité :
- les conditions
d’environnement (espace non adapté,
horaires décalés de travail des
parents,…)
- la société qui stimule beaucoup les envies des enfants (bonbons
près des caisses, pub, …)
- la non prise en compte de soi ou de l’autre (fatigue, stress, rythme de
vie,….)
- la difficulté à gérer ses propres émotions
( agressivité, peurs,…)
- notre rapport à l’autorité si elle est vécue comme
négative, oppressante
- le manque de repères par rapport à l’autorité (niveaux
d’exigences adaptés à l’étape de l’enfant)
- croire que l’enfant pourrait être d’emblée dans un rapport
de coopération
- une mauvaise gestion des conflits
- le manque de créativité dans la recherche de solutions
- la difficulté à dire non
- etc.
Dire non demande
de pouvoir assumer les sentiments négatifs,
les réactions de l’autre suite à la
frustration produite.
Il est nécessaire d’expliquer le sens des limites posées, ce
qui ne signifie pas se justifier ou s’excuser d’avoir à dire non.
Certains parents pensent que l’on peut éviter la confrontation avec
l’enfant en prenant le temps de lui expliquer. L’enfant peut comprendre le
point de vue du parent sans pour autant y adhérer. « Les haricots,
c’est bon pour la santé ! – Oui, mais je n’aime pas ça… »
Croire que l’on peut toujours aboutir à un accord, toujours éviter
l’affrontement conduit à une impasse. L’enfant cherchera à argumenter
sans cesse.
La société actuelle
est anxiogène. L’avenir apparaît
peu sûr, inquiétant. Cette inquiétude
face à l’avenir peut engendrer chez les
parents un fort besoin d’être rassuré par
l’enfant : « Pourvu qu’il réussisse
bien , qu’il devienne rapidement autonome,… afin
qu’il ne soit pas mis en échec, exclu
du système. » L’inquiétude
amène à vivre des excès
d’autorité ou de surprotection en ne permettant
pas à l’enfant de grandir à son
rythme.
2. Comment évaluer
la pertinence, la justesse de son autorité ?
L’autorité est nécessaire, mais toute autorité n’est pas
constructive.
Pour les générations précédentes, l’obéissance, était
la valeur numéro un. Ceux qui ont connu cette éducation reconnaissent
son rôle structurant mais n’ont pas envie de la reproduire à l’identique
avec leurs enfants. Ils en soulignent les excès, les conséquences
en terme de manque de confiance en soi. Ils expriment leur sentiment de n’avoir
pas été écoutés, pris en compte.
Aujourd’hui, les parents ne mettent plus l’obéissance en premier. Ils
souhaitent que leur enfant soit heureux, épanoui, autonome, qu’il s’exprime
et soit en bonne relation avec eux.
Evaluer la
manière dont on exerce son autorité demande
de se préciser ce que l’on vise au travers
de l’éducation.
L’excès d’autorité produit de la peur, de la tristesse, une rupture
de communication.
Le manque d’autorité insécurise l’enfant, il ne sait pas où sont
les limites, et cela peut renforcer son désir d’être tout-puissant.
3. Quels repères
se donner pour exercer son autorité de
manière constructive ?
Les parents
ont besoin de repères objectifs pour adapter
leurs exigences en fonction de l’âge et
des capacités de l’enfant. Ils attendent
souvent des professionnels qu’ils puissent les
aider à se repérer par rapport
aux étapes de croissance de l’enfant.
Exemples :
- Un bébé de
2mois qui pleure fait-il un caprice ?
- De quoi l’enfant a t-il besoin dans les premiers mois pour se sentir en
sécurité ?
- A quel âge peut-on attendre d’un enfant qu’il soit propre ?
- Quel danger est-il capable d’évaluer ?
- Qu’est-ce qui se joue dans la phase d’opposition vers 2 ans ?
- Etc……
Sans réponse à ces
questions, le risque est grand d’attendre trop
de l’enfant.
Au-delà de ces repères objectifs, on aussi besoin de s’arrêter
aux repères que nous portons à l’intérieur de nous-mêmes.
On n’est jamais neutre, chacun est chargé d’une histoire qui peut l’amener à penser,
par exemple, « si je lui dis non, il ne va plus m’aimer ».
Chez beaucoup d’adultes, l’autorité est plutôt vécue comme
négative. Parce qu’ils ont eu souvent l’impression de subir une autorité qui
ne les prenait pas en compte, ils désirent éviter à leurs
enfants ce qu’ils ont connu, ils sont tentés de lâcher prise.
A l’inverse, lorsqu’un enfant s’oppose à ses parents, même petit,
il a une volonté très puissante. C’est très difficile
d’obtenir quelque chose s’il a décidé de ne pas coopérer.
Se rejoue alors pour le parent la relation face à quelqu’un qui s’est
opposé à lui et vis-à-vis duquel il se sentait impuissant.
C’est très violent quand on a déjà subi le vouloir d’un
autre. D’où l’envie de forcer :« Tu ne sortiras pas de table tant
que tu n’auras pas mangé ces épinards ».
Lui dire non,
c’est dire oui à quelque chose qui nous
semble essentiel pour lui.
C’est lui manifester qu’on l’aime et qu’on ne le laissera pas se mettre dans
des situations qui iraient à l’encontre de sa vie et de sa construction.
Une autorité constructive,
c’est trouver l’équilibre entre deux attitudes
apparemment contradictoires qu’il s’agit de concilier
et de faire dialoguer à l’intérieur
de soi :
- être à la fois ferme sur ce qui me paraît essentiel (je
fais référence à moi)…
- …et souple, ouvert, en relation à l’enfant (je tiens compte de l’enfant).
Sans perdre l’un des deux bouts du fil.
Il n’y a pas de recette toute faite, c’est une ligne de crête qui est
toujours à inventer. Tout parent fait l’expérience du dérapage,
dans un sens ou dans l’autre. On a tous une pente glissante naturelle… Avant
de se traduire en comportements, il s’agit avant tout d’un climat intérieur.
En terme de sensation nous pouvons distinguer si nous glissons de l’autorité constructive à l’autoritarisme
: nous ne sommes plus fermes mais durs, fermés.
Nous pouvons aussi faire la distinction entre ces moments où nous savons
adapter notre exigence, tenir compte de l’enfant, de la situation, et ces moments
où nous cédons, nous démissionnons.
Pour vivre une autorité constructive, il est essentiel d’être à l’écoute
de ces états intérieurs.
Être ferme, c’est différent d’être dur, fermé, nous
continuons d’être à l’écoute de l’enfant.
Être souple, s’adapter, c’est différent de céder, nous gardons
entière notre liberté d’adulte.
Je constate, dans mon travail auprès des parents, que de nombreux adultes
confondent s’affirmer et s’imposer, s’adapter et céder, démissionner.
4. Quelques conditions
nécessaires pour vivre une autorité constructive.
> Être capable
de s’interroger sur sa propre pratique.
- Quand
est-ce que je réussis à concilier
fermeté et souplesse ?
- Quand est-ce que je glisse vers la dureté ou l’effacement ?
- Mes exigences sont-elles adaptées aux capacités de l’enfant
?
- Est-ce que l’on peut m’interroger sur ma manière d’exercer mon autorité ?
> Veiller à la
qualité de la relation et de la communication
avec l’enfant :
Depuis
quelques jours,
- Ai-je
exprimé surtout des exigences ou des
reproches (« fais ceci, tu as encore
fais une bêtise,… ») ?
- Ou bien, ai-je exprimé à l’enfant ma joie de le voir vivre
et grandir ?
La qualité de la relation entre adulte et enfant repose d’abord sur
l’appréciation et sur l’échange de ce qu’il y a de bon dans
la vie de chacun, dans un climat de respect, d’ouverture et de confiance.
Un enfant a le désir de coopérer s’il se sent aimé,
apprécié.
Plus la relation est conflictuelle, plus le rapport de force s’installe.
> Gérer
les situations récurrentes de conflit
en dehors des situations de crise :
« Chaque
soir c’est la même chose… », « A
tous les repas on finit par s’accrocher !… »
Il est important de savoir parler de ce qui est difficile dans des moments
de bonne relation. Non pas pour réactiver le conflit mais pour mieux
comprendre avec son enfant ce qui est en jeu dans ces moments là et
rechercher ensemble des solutions prenant en compte chaque fois que possible
les besoins de chacun. Cette manière de gérer les tensions renforcera
la confiance et le rapport de coopération.
Conclusion
L’autorité est au service de l’enfant et de sa croissance. Elle n’est
pas dressage, domination qui engendre la soumission, la fuite ou la rébellion.
Exercer son autorité de manière constructive n’est pas inné.
Tous les parents ont pour références leur propre histoire. Il
est nécessaire de ré interroger ses repères, d’en dialoguer
parfois avec d’autres personnes pour progresser dans sa pratique au quotidien.
Des formations existent pour développer la capacité d’affirmation
de soi, ses capacités d’écoute et de communication, la compréhension
des besoins de l’enfant, la gestion des conflits.
Aider ses enfants à grandir c’est aussi grandir avec ses enfants.